Pr. Albert Zeufack, économiste en chef de la région Afrique du groupe de la Banque mondiale

Cadres ou paysans, l’accès à un habitat décent est non seulement un impératif de survie mais une niche d’investissements rentables pour les Etats.

"Financé l’habitat devient tout simplement une question de bon sens économique. C’est bien pour cela que les nations unies ont identifié l’habitat comme étant un des objectifs du développement durable (ODD11) où tous les pays se sont engagés à assurer d’ici 2030, l’accès des populations à un logement adéquat et un logement qui soit abordable avec des services de base", rappelle prof Zeufack intervenant lundi lors d’un panel organisé par la caisse régionale de refinancement hypothécaire (CRRH) de l’Uémoa.

Avec 60% des habitants des villes qui continuent de vivre dans les bidonvilles, M. Zeufack estime que les Etats africains ne financent pas suffisamment le logement et que les politiques de support au logement ont encore beaucoup d’efforts à faire.

Quatre raisons pour financer le logement

Albert Zeufack a donné aux ministres de logement des Etats membres de l’Uémoa, quatre raisons pour convaincre leur ministre en charge des finances ou du plan voire même leur président que financer le logement est un impératif.

La première, c’est que le logement est au cœur de la transformation structurelle des pays.

"Nous ne pouvons pas atteindre cette émergence dont on parle lorsque nos villes sont à 60% fait de bidonvilles. Nous ne pouvons pas créer les emplois tant attendus si nos villes ne sont pas effectives et le fait que le logement ne soit pas adéquat rend nos villes et nos citoyens qui y vivent inefficaces. Donc, c’est important d’investir dans le logement surtout parce que la démographie est galopante dans nos pays", détaille le professeur.

Dans son deuxième argument, il a tenté de prouver aux ministres de finances que soutenir les politiques de logement y va dans leur intérêt.

"Si vous financez le logement, vous accroitrez votre capacité à lever des ressources. C’est-à-dire à taxer l’immobilier dans les villes. C’est une ressource latente. Lorsqu’on développe une ville, la valeur des terres augmentent, les maisons construites prennent de la valeur et peuvent être taxées. Donc, il est dans votre intérêt parce que ça rapportera plus d’impôts plus tard", martèle l’expert.

Troisièmement, il signale que le logement contribue à développer le secteur financier des banques. "Les compagnies qui financent le logement, les compagnies de réassurance, de leasing, de la location ainsi de suite, tous ces investissements dans l’immobilier permettent d’approfondir le secteur financier dans les pays et contribuent à mobiliser l’épargne domestique et la transformer en épargne longue pour financer nos investissements", insiste-t-il.

La quatrième raison selon Albert Zeufack, c’est que le logement est une partie du contrat social. Il fait constater que dans plusieurs pays y compris les pays asiatiques, l’accession à la propriété foncière rend les gens plus citoyens.

"L’accession au logement rend les gens plus responsable. Vous n’allez pas mettre le feu dans un quartier où vous avez votre maison. Mais plus encore, un logement décent a des effets décents sur l’éducation des enfants", souligne-t-il.

Financer le logement impacte l’emploi et la production

Avec plusieurs exemples à l’appui, Prof Zeufack a également abordé les retombées du financement du logement sur l’emploi et la production. "En termes d’impact sur l’emploi, nous avons constaté que toute dépense de 10.000 dollars de la banque mondiale sur le logement permet de créer en Colombie et en Inde, respectivement 5 et 9 emplois".

Pour ce qui concerne l’impact sur la production, il a mis en avant des études qui prouvent que le secteur de la construction a un effet multiplicateur en amont et en aval.

"C’est-à-dire que pour 1fr CFA qu’on investit dans l’immobilier, dans le logement, on peut en récolter 2fr sur le plan de la production totale. Je crois que c’est un impact très important et qui mérite naturellement d'être renforcer", souligne –t-il.

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C’est pour toutes ces raisons que l’économiste en chef de la région Afrique du groupe de la Banque mondiale pense que les pays africains devraient continuer d’investir dans le logement.

"À la CRRH-UEMOA, c’est un sujet que nous suivons avec beaucoup d’attention puisqu’en 07 ans, nous avons pu décaisser 200 milliards de Fr CFA au projet de 35 banques commerciales dans les 08 pays de l’Union à raison de 162 milliards mobilisés sur le marché financier régional à travers 08 emprunts obligataires sur des durées de 10 à 15 ans, et 38 milliards de ressources concessionnelles pour la promotion de l’habitat abordable, des maison de moins de 15 millions Fr CFA, sur des facilités de la Banque mondiale et du KFW", retoque Christian Agossa, directeur général du CRRH-Uémoa préoccupé par la meilleure façon de renforcer les interventions de son institution en faveur du financement de l’habitat, et particulièrement des ménages à revenus modestes et/ou irréguliers.

Que fait donc le gouvernement togolais ?

La ministre de la ville, de l’urbanisme, de l’habitat et de la salubrité,  Koko Ayéva a de son côté, mis en exergue, les diverses actions mises en œuvre par l’Etat togolais pour relever ce défi.

"Le gouvernement a outre la politique nationale de l’habitat et du développement urbain, initié l’étude de faisabilité pour la création d’une structure d’équipement de terrains urbains, entamé la restructuration et la réhabilitation du centre de construction et de logement et adopté le code foncier et domanial. Sur cette lancée, des initiatives d’habitat planifié sont encouragées et parfois conduites par la puissance publique. On peut citer le projet pilote de construction de logements à coûts abordables dénommé projet cité Mokpokpo dans le quartier adidogomé", cite Mme Koko Ayéva.

Elle a également énuméré quelques initiatives des promoteurs privés tel que la cité des Anges de Lomé, le projet Wellcity, et le projet résidence renaissance de la caisse nationale de sécurité sociale du Togo(CNSS).

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Anani E.

 

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