Djiwa Oyentounde, chargé de programme de la FAO au Togo

Il faut une installation frigorifique ou chambre froide visant à maintenir les produits fruitiers à une température donnée afin de prolonger leur durée de vie et réduire les pertes. Ça n’existe pas encore au Togo alors que selon beaucoup de spécialistes, c’est un bon filon pour réussir un business rentable en mettant en place une chaîne de froid.

Si depuis 15 ans, le Syndicat des maraîchers et des revendeuses des fruits et légumes du Togo attend que les opérateurs publics ou privés s’intéressent à cette niche en mettant une chaine de froid, l’heure n’est pas encore trop tard, à partir du moment où, le secteur privé est sollicité à investir sur les créneaux porteurs.

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"Quand on amène les produits maraîchers au marché et qu’on n’arrive pas à les vendre dans un délai de trois jours, ça se gâte et c’est des pertes pour nous. On a demandé au gouvernement de nous faire une chambre froide mais ça fait quinze ans que nous en parlons. Si aujourd’hui un privé vient s’installer pour nous offrir ce service, il sera le bienvenu et nous sommes prêts à payer pour ça", confesse à agridigitale, Hounsounoukpe Kodjo Pierre, secrétaire général du Syndicat des maraichers et des revendeuses des fruits et légumes du Togo.

La FAO donne des pistes intéressantes

Djiwa Oyentounde, chargé de programme de la FAO au Togo explique que la chaîne froide peut servir à conserver les produits vite périssables comme les légumes, les fruits, les produits carnés et halieutiques.

Elle est selon lui, "très importante dans le système de la sécurité alimentaire et nutritionnelle"

"Si on regarde toutes ces productions, ce potentiel qui est là dans le pays, on voit très bien que des jeunes peuvent investir et on peut mettre en place un programme pour les accompagner dans ce sens", suggère M. Djiwa.

Pour lui, l’idée de chaîne froide constitue une très belle opportunité sur laquelle on peut agir pour donner le goût  de l'entrepreneuriat agricole aux jeunes.

"Si on veut le faire, le potentiel est sur toutes les régions avec pour points d’orgues la région des plateaux et la région des savanes pour les fruits et la région des plateaux, la région des savanes et de la Kara pour légumes. Ça peut même se faire avec la numérisation. Donc, on a des plateformes électroniques sur lesquelles les gens peuvent commander et on a aussi des infrastructures quelque part où les fruits sont stockés et quelques mobilités dont les tricycles bien faits avec les systèmes de froid pour livrer aux gens qui auront commandé en ligne", développe-t-il.

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Par rapport au positionnement, Djiwa conseille à ceux qui voudraient développer les circuits de distribution immédiats de ces produits frais, de s’installer proche des consommateurs  (dans les grandes villes).

Toutefois, "des installations dans les zones de production sont aussi envisageables", ajoute-t-il.

Mais attention, une étude minutieuse s'avère indispensable

Pour se lancer dans cette activité, il y a plusieurs facteurs dont il faut nécessairement tenir compte. Il s’agit avant tout de la disponibilité de l’énergie, d'une véritable étude de marché (pour déterminer la taille de la chambre), la variabilité des températures, etc.

"Ce ne sont pas des installations simples. Il faut une chambre froide en fonction des produits qu’on veut parce qu’il y a certains produits qu’il ne faut pas amener au congélateur au risque de dénaturer leur structure. Donc, c’est l’étude là qu’il faut faire pour voir quel type de chaîne froide il faut pour quel type de fruit et à quel coût tout en tenant compte du coût de revient pour le commun des mortels", rappelle Aziato Kokou, ingénieur agroalimentaire, chef section technologie alimentaire à l'ITRA.

Un projet bancable pour contribuer à la réduction des pertes poste récolte ne laissera certainement pas indifférent les banques de plus en plus intéressées par le secteur agricole, encore moins les mécanismes d'accompagnement comme le MIFA, l'ANPGF ou encore le PAEIJ-SP.

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"L'Ordre national des ingénieurs du Togo est un vivier de compétences et de ressources et de savoir-faire. Il suffit que les gens expriment clairement leurs besoins et nous leur ferons des propositions pertinentes", rassure Marius Bagny, 1er vice-président de l'ONIT.

En gros, la chaîne du froid reste un bon filon pour tous ceux qui voulaient se positionner sur ce maillon pour éviter les pertes poste récoltes mais doutaient de la capacité des maraîchers et revendeuses des fruits et légumes à payer pour ce service.

Selon l’organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO 2018), la production fruitière du Togo est de l’ordre de 560.000 tonnes dont la principale spéculation est la mangue (66%). Entre 2013 et 2017, la production légumineuse est passée de 21.687 tonnes à 37.215 tonnes.

La disponibilité des fruits et légumes est confrontée aux pertes et dégâts enregistrés dans les champs de l’ordre de 12 à 20% et aux détériorations lors de la distribution allant de 20 à 50% de la production totale.

L’installation d’une chaîne du froid sera sans aucun doute, une alternative pour ceux qui recherchent une meilleure idée de business dans le secteur agroindustriel en lien avec la feuille de route de l’axe2 du Plan national de développement (PND).

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A.E

 

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